Le ramadan, ce moment d’intense pression sociale sur bon nombre de musulmans ( Entretien de Razika Adnani accordé à Atlantico)



© Le contenu de ce site est protégé par les droits d’auteurs. Merci de citer la source et l'auteure en cas de partage.

Entretien croisé entre Razika Adnani et KArim Maloum accordé à Atlantico

1-Comment caractériser la pression sociale exercée sur certains musulmans, en particulier les femmes et les jeunes, pour qu’ils respectent le ramadan ? Qui exerce cette pression et sous quelle forme se manifeste-t-elle ?

Cette pression exercée sur les musulmans pour les obliger à jeûner a toujours existé dans les sociétés musulmanes. Il ne s’agit pas d’un phénomène nouveau. Sachant que le jeûne n’est pas facile à observer, les familles musulmanes, mais aussi les sociétés ou les communautés musulmanes, obligent notamment les jeunes à jeûner pendant le mois du ramadan pour les habituer à cette pratique. Dans mon livre « La nécessaire réconciliation », je parle de « l’œil indiscret » pour évoquer cette habitude dans les sociétés musulmanes dans lesquelles chacun surveille chacun, notamment lorsqu’il s’agit de certaines pratiques de la religion pour vérifier qu’il les respecte. Dans la majorité des pays musulmans, c’est l’État lui-même qui veille à ce que le jeûne soit observé. Dans certains pays, les non-jeûneurs sont arrêtés par la police.

2- En quoi le ramadan est-il devenu un enjeu pour les mouvements islamistes ?

Le jeûne est une pratique religieuse et sociale qui a toujours existé dans les sociétés musulmanes, et cela depuis le VIIe siècle. Pour les musulmans, elle fait partie des principes de la pratique de l’islam, qui sont la profession de foi, la prière, l’aumône ( la zakat), le pèlerinage à La Mecque ( le hadj )et le jeûne.  Elle a donc une grande importance en islam. Cependant, c’est une pratique discrète : elle n’est pas visible sur le visage du jeûneur, par exemple, et la rupture du jeûne se fait à la maison, en famille, ou dans des restaurants, donc dans un lieu privé. On peut donc dire que le jeûne du mois de ramadan est une pratique de l’islam qui appartient à l’espace privé. Cependant, depuis une vingtaine d’années, les islamistes veulent la transformer en une pratique qui s’exerce dans l’espace public. Ils veulent imposer la rupture de jeûne sur les terrains de foot, par exemple.  L’organisation des soirées « iftar » ou, comme dans les pays musulmans, des ruptures collectives du jeûne dans l’espace public s’inscrivent dans la même tendance.

3- D’un point de vue universitaire et historique, comment analyse-t-on l’évolution du ramadan d’une pratique spirituelle à un marqueur identitaire parfois imposé ?

Les islamistes qui ont un projet politique utilisent toute pratique de l’islam qui peut marquer la différence des musulmans par rapport aux autres citoyens et notamment quand elle a une visibilité dans l’espace extérieur. C’est la raison pour laquelle ils veulent transformer le jeûne, qui est à l’origine une pratique qui se vit à l’intérieur, en une pratique qui se vit à l’extérieur.


4- Quels seraient, selon vous, les leviers à activer pour réduire cette pression sociale et permettre une plus grande liberté individuelle dans la pratique du ramadan en France ?

Il faut que les musulmans respectent la liberté de conscience. Comme je le dis dans mon dernier ouvrage « Sortir de l’islamisme », au moins 28 verstes coraniques nous permettent de comprendre que le Coran reconnaît la liberté de conscience. Ces versets ne font pas partie de ceux que les premiers juristes de l’islam ont pris en compte, et cela pour des raisons politiques. Dans mon ouvrage, j’appelle justement les musulmans à revoir le choix des versets qui a été fait lors des premiers siècles de l’islam. Les musulmans doivent savoir cela. L’arme de la connaissance pour faire face à l’islamisme et aller vers une autre manière d’être musulman est la meilleure, la plus efficace et celle qui peut être durable. Une autre manière d’être musulman qui veut dire une réforme de l’islam. Comme je le précise dans mon ouvrage, il s’agit d’une réforme orientée vers l’avenir.

Lire également

© Le contenu de ce site est protégé par les droits d’auteurs. Merci de citer la source et l'auteure en cas de partage.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *