Le voile islamique dans le sport n’existe pas



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Tribune publiée par Le Diplomate

La polémique autour du voile dans le sport ne cesse de revenir sur la scène médiatique et politique. Mais, le voile dans le sport existe-t-il réellement ? Non. Le voile n’existe pas dans le sport sauf peut-être dans certaines disciplines très spécifiques. Les sportives qui portent un foulard ou une casquette avec des cuissards ou des shorts et des maillots sans manches ne portent pas de voile dit islamique.

Le voile islamique, tel qu’il est exigé par les religieux et porté par les femmes musulmanes, ne se limite pas à la dissimulation de la chevelure d’une part, et, d’autre part, le Coran, livre fondateur de l’islam, n’évoque pas la dissimulation de la chevelure de la femme.

En revanche, le Coran recommande aux femmes de porter des « djalabib », pluriel de djilbab (d’où le terme djellaba) qui signifie une robe longue et ample.  « Ô Prophète dis à tes épouses à tes filles et aux femmes des croyants de ramener sur elles leurs djalabib » dit le verset 59 de la sourate 33, Les Coalisés. Pour le discours religieux, la femme doit dissimuler non seulement sa chevelure, mais également son corps avec une robe longue, ample et de couleur sombre pour que les hommes, incapables d’être maîtres d’eux-mêmes, ne soient pas dérangés dans leur sexualité. Ainsi, on ne peut désigner, ni selon le Coran ni selon le discours religieux, par le terme voile la tenue de Sounkamba Sylla, sprinteuse française, lors des Jeux olympiques de 2024 ni celle de la footballeuse marocaine Nouhaila Benzina lors de la coupe du monde féminine 2023.

D’aucuns pourraient rétorquer que ces sportives ont innové dans leur manière de porter le voile en le réduisant à la dissimulation de la chevelure, mais ce n’est pas le cas. Ces mêmes sportives dites voilées, y compris en France, ne portent pas, en dehors des compétitions sportives des tenues courtes et moulantes et des hauts sans manches ou décolletés. Si on leur demande de le faire, elles refuseront et diront que ce n’est pas permis par l’islam ou par Dieu. Autrement dit, ces sportives sont conscientes que ce qu’elles revendiquent sur le terrain de foot ou lors des compétitions sportives n’est pas le voile islamique.

Ce propos ne signifie pas que les femmes doivent porter des robes longues et amples comme le recommande le verset 59 de la sourate 33, Les Coalisés.  Il suffit de lire le Coran pour se rendre compte que les musulmans, qui sont intransigeants dans l’application de la religion quand il s’agit des femmes, ne mettent en réalité pas en pratique toutes les recommandations coraniques. Beaucoup de règles coraniques sont consciemment ou inconsciemment négligées.

Les islamistes très pragmatiques

La revendication du voile dans le port s’explique par le fait que les islamistes, qui ne se limitent pas aux Frères musulmans, s’ils se veulent très exigeants dans la pratique de la religion, ils sont en même temps très pragmatiques. Ils ont fait du port du voile, dont le foulard est pour eux la partie principale, le symbole de leur combat politique alors qu’il ne fait partie ni des principes de la foi musulmane ni de ceux de la pratique de l’islam. De ce fait, que la femme, sur un terrain de sport, se limite au port du foulard, si tout le monde le présente comme étant le voile islamique, est suffisant pour eux, et c’est même une grande victoire pour leur mouvement. Peu importe si la tenue qu’elle porte n’a rien à voir avec le voile tel qu’ils l’imposent aux femmes. L’essentiel est qu’il marque l’espace et les esprits. Les femmes athlètes et footballeuses qui revendiquent le port du voile dans le sport, bien qu’elles sachent que cela n’a rien à voir, sont, elles aussi, dans le même combat islamiste que les hommes.

Quant à ceux qui prétendent que le voile permet aux femmes musulmanes de faire du sport, en réalité ce n’est pas le voile qui a permis le sport féminin, mais la libération des femmes et celle de leur corps du port du voile. Si le voile islamique s’impose dans le sport comme une obligation religieuse, cela sera le début de la fin du sport, notamment de haut niveau, pour les femmes musulmanes. Les hommes islamistes pourront facilement leur rappeler qu’en tant que musulmanes elles n’ont pas le droit de participer aux compétitions sportives, car cela expose leur corps au regard des hommes, ce qui est interdit en islam et qui est effectivement leur objectif.

Le voile n’est pas adapté pour le sport

Aucune femme athlète ou footballeuse ne peut porter le voile, tel qu’il est exigé par le discours religieux et tel qu’elles-mêmes le portent, c’est-à-dire dissimuler les cheveux et le corps avec une tenue ample, et se hisser à un haut niveau. Les femmes sportives qui portent le foulard ont une partie de leur concentration sur leur foulard de peur qu’il glisse, ce qui réduit par conséquent leur concentration sur le jeu et augmente les risques d’échec. Avec un foulard qui lui couvre la tête et le cou, il est également impossible pour une sportive d’avoir la même légèreté dans le mouvement de la tête et la même visibilité que celle qui ne porte pas de foulard. Le sport exige par nature que le corps soit le moins encombré par le vêtement. La France pourra permettre, pour des raisons politiques, le voile dans le sport et même le couvrement de tout le corps si elle veut, mais elle ne pourra plus se hisser au plus haut niveau mondial de compétition féminine.

Le confort des femmes et leur performance, dernier souci des islamistes

Dans toutes les règles dites de la charia que les hommes ont imposée aux femmes, le confort de ces dernières est leur dernier souci. Il en va de même pour leur performance dans le sport. Une écrivaine saoudienne raconte comment, lorsque les Wahhabites ont imposé le port du voile intégral aux collégiennes et aux lycéennes, des parents se sont plaints que leurs filles trébuchaient sur leurs robes et tombaient en descendant des autobus. « Quand j’ai décidé de porter le burkini, je pensais que j’allais enfin être libre d’aller à la plage. Le premier jour où je l’ai porté, le tissu a collé à tout mon corps de la tête aux pieds et sur la plage, sous le soleil brulant, il est très vite devenu un incubateur de chaleur qui m’a étouffée », raconte une Algérienne.

En conclusion, le fait que le voile divise les politiques en France est la preuve qu’aujourd’hui la laïcité à elle seule n’est plus capable de défendre la République et ses valeurs. Toute loi peut être remise en question lorsque ceux qui ne croient plus en elle arrivent au pouvoir ou sont nombreux dans la société. L’histoire contemporaine des sociétés musulmanes démontre comment le Droit n’ayant pas pu résister à la pression islamiste a fini par reculer. Se contenter de répéter que les islamistes sont dangereux ne suffira pas non plus pour faire face à l’islamisme. C’est la raison pour laquelle, il est nécessaire aujourd’hui d’avoir également d’autres moyens de lutte que celui de la laïcité pour protéger la laïcité elle-même. Assurément, la lutte la plus efficace contre l’islamisme est celle qui est menée au sein de l’islam.

Razika Adnani,

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Europe 1- Entretien de Razika Adnani accordé à Virginie Girod ( À l’origine, le voile est-il religieux ou politique ?)

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