L’université française entre l’entrisme islamique et l’effondrement de son esprit scientifique



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Chaque jour, la société française révèle à quel point sa fracture entre la droite d’un côté et la gauche de l’autre est profonde et comment les accusations et les invectives empêchent tout débat serein et installent la peur de s’exprimer. Il ne suffit pas dans une société que la loi reconnaisse la liberté d’expression pour que celle-ci s’exerce réellement ; il faut également que les citoyens l’acceptent et sachent la respecter. Que cette dichotomie politique de la société intervienne dans le monde de l’université pour entraver la liberté d’expression, alors que l’université est le lieu où l’argumentation et le raisonnement devraient être les seuls critères d’échange et de vérité, je ne peux que vivement le dénoncer. C’est le cas de l’intervention du syndicat Union étudiante Lille pour interdire la conférence de Florence Bergeaud-Blackler. À l’université, les idées doivent être opposées et confrontées à d’autres idées, c’est  ainsi seulement qu’elles peuvent éclore.

Cependant, cet événement n’est pas une raison pour présenter Florence Bergeaud-Blackler comme celle qui défend la liberté d’expression à l’université ou encore le débat académique scientifique et ouvert. Florence Bergeaud-Blackler ne répond à la critique académique de ses thèses que par des mensonges, des accusations, des attaques visant des personnes, des diffamations et de la violence verbale. La preuve en est sa réponse à ma critique académique de son ouvrage “Le frérisme et ses réseaux “. Si aujourd’hui Florence se plaint de ceux qui l’accusent d’être d’extrême droite, elle-même ne se gêne pas pour utiliser cette même accusation contre ceux qui critiquent ses thèses, comme elle l’a fait à deux reprises dans cette même tribune. Il est véritablement stupéfiant et inquiétant de constater que, dans tous les pays musulmans, on peut affirmer que l’islam est politique depuis l’an 622 (le terme « islamisme » n’étant pas utilisé en arabe ou très rarement), alors qu’en France, on vous accuse d’être d’extrême droite si vous expliquez que  si l’islamisme signifie l’islam politique, l’islam est donc ce cas est un islamisme depuis 622. Rappelons que jusqu’au début 1980, l’islamisme est utilisé comme équivalent du terme d’islam dans la langue arabe.

Le moins qu’on puisse dire quand on lit son texte, c’est qu’un scientifique ne parle pas comme ça, et ne devrait pas le faire. Un scientifique est tenu par les principes de l’esprit scientifique qui l’obligent à répondre aux critiques de ses idées par des arguments objectifs et non par des attaques visant les personnes, ni par des mensonges, ni encore par des tentatives de détourner les questions pour éviter d’y répondre. Assurément, un diplôme universitaire à lui seul ne fait pas un scientifique. Celui-ci doit également avoir un comportement et des valeurs morales, dont celle de ne jamais dissimuler la vérité pour satisfaire des intérêts personnels. Un scientifique, tenu par les principes de l’esprit scientifique, ne ment jamais, car pour lui seule la vérité compte. Alors que, tout au long de cette tribune, Florence a délibérément menti à ses lecteurs.

Ces méthodes, dont l’objectif est d’étouffer tout débat académique contradictoire, doivent être également dénoncées vu le mal qu’elles peuvent provoquer à la recherche scientifique, notamment en France, pays de Descartes, de Claude Bernard, de Gaston Bachelard et de Durkheim. Ce sont des méthodes qui portent atteinte à l’université française tout autant que les étudiants qui veulent interdire des conférences pour des raisons politiques. L’université française n’est pas menacée uniquement par l’entrisme islamique, mais également par l’effondrement de son esprit scientifique et de sa rigueur académique qui ont hier contribué à faire son prestige.

Défendre l’université française, c’est défendre les principes de l’esprit scientifique contre toute personne qui les piétine, et cela sans aucune distinction. Défendre le débat académique, c’est ne jamais accepter qu’il soit entravé par des interdictions ou encore des violences mêmes verbales, y compris quand il s’agit de nous-mêmes. Défendre la recherche scientifique, c’est aussi laisser ceux qui ont les compétences dans leur domaine juger la valeur de telle ou telle thèse ou théorie et le domaine de l’islam ne doit pas faire exception à cette règle.

Concernant l’islam justement, la lutte contre le fondamentalisme islamique et l’islamisme, ou l’islam politique, comme on l’a défini en France à partir du début des années 1980, doit se faire au sein de l’islam pour le pousser à évoluer, à se réformer. Comme je l’explique dans mon ouvrage « Sortir de l’islamisme », la finalité de cette réforme est que l’islam se sépare de sa dimension politique pour devenir seulement une religion. Pour cela, il est impératif que les musulmans reconnaissent les problèmes qui existent en islam. C’est la condition nine qua non pour les résoudre. Cette réforme qui a comme objectif de créer du nouveau en islam a commencé à se mettre en place, au début XXe siècle, dans le monde musulman avec notamment l’abolition de l’institution califale, de l’esclavage et de la dhimmitude.Elle a cependant étéstoppée par les islamistes et notamment les Frères musulmans, qui ont décidé de mettre l’islam à l’abri de tout esprit critique. Ils ont alors répété aux musulmans que l’islam ne posait aucun problème et que s’il y avait un problème, il était dû aux musulmans qui n’avaient pas respecté son message.

Cette même idée a été reprise par les anthropologues et les sociologues, qui étudient l’islamisme, en France, étant donné qu’ils ont eux aussi répété que les problèmes qui se posaient n’étaient pas dus à l’islam, mais seulement à l’islamisme (l’islam politique) qui serait une mauvaise pratique de l’islam par des musulmans. Ainsi, ils ont eux aussi décidé de mettre l’islam à l’abri de tout esprit critique et de ce fait de tout changement en plaçant les problèmes qui se posaient à l’extérieur de l’islam. Ils ont été les porte-parole du discours des islamistes et des conservateurs en Occident. C’est à cette école qui porte une grande responsabilité dans la montée de l’islamisme et du conservatisme en Occident, mais aussi dans le monde musulman, qu’appartient Florence Bergeaud-Blackler comme on le constate dans ses écrits et ses commentaires sur les réseaux sociaux.

Sur le plan scientifique, le concept d’« islamisme », créé en France avant de se répandre dans tout l’Occident et totalement inconnu dans l’histoire de l’islam, tel qu’il est défini (c’est-à-dire comme un islam politique distinct de l’islam), n’a aucun fondement historique ni théologique. Par ailleurs, les universitaires français, dont Florence fait partie, n’ont jamais apporté le moindre argument justifiant leur propos ni dit où se situait la ligne de démarcation entre l’islam et l’islamisme, ce qui est une absence totale de respect des règles de la méthode scientifique.

En France, cela a créé énormément de confusion et de tensions en plus du fait que cela consolide le conservatisme. En effet, dire aux musulmans que l’islam ne pose aucun problème, ce qui revient à dire qu’ils n’ont rien à changer dans leur religion, pour ensuite les qualifier d’islamistes dès lors qu’ils veulent pratiquer ce qui est pour eux l’islam, c’est créer l’incompréhension et même le sentiment d’être victimes de racisme. Cette même incompréhension explique également pourquoi beaucoup de non-musulmans, notamment les jeunes, ne comprennent pas pourquoi on les accuse d’islamo-gauchisme quand ils défendent l’islam. Alors que, depuis 40 ans qu’on leur a répété que le problème ne concernait pas l’islam, mais seulement l’islamisme et que celui n’a rien à voir avec l’islam.

Razika Adnani

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